Thierry Souccar : "L'ostéodensimétie, ce n'est pas automatique"

Thierry Souccar : "L'ostéodensimétie, ce n'est pas automatique"

Thierry Souccar publie Le secret des os solides, un livre qui explique comment ostéoporose et ostéopénie apparaissent, et les moyens à notre disposition pour éviter ou inverser la perte osseuse et prévenir les fractures. Entretien avec l’auteur.

Pourquoi parler d’ostéoporose aujourd’hui ?

Dans Lait, mensonges et propagande, j’ai montré que le discours de l’industrie laitière et des pouvoirs publics sur la nécessité de consommer « 3 à 4 produits laitiers par jour » en prévention des fractures d’ostéoporose, ne reposait pas sur de la bonne science. Depuis, d’ailleurs, les recommandations officielles ont été modifiées. Après la parution du livre, j’ai reçu beaucoup de courrier. On me disait : j’ai de l’ostéoporose, ou j’ai un risque d’ostéoporose, ou j’ai déjà subi une fracture. Si les produits laitiers ne préviennent pas les fractures, que faut-il faire ? Il y a des réponses à cette question dans la littérature scientifique, mais elles sont rarement évaluées, puis organisées sous forme de programme pour être directement applicables par le grand public. C’est ce que j’ai fait.

Dans votre livre, vous émettez des réserves sur l’ostéodensitométrie. Pourquoi ?

C’est un examen qui mesure la densité osseuse. Il peut être utile notamment quand le recours aux médicaments est nécessaire. Mais il faut savoir qu’il n’est pas parfait, ne serait-ce que parce qu’il prédit mal le risque futur de fracture. Par exemple, les Suédoises, qui ont les os les plus denses de la planète ont aussi le taux de fracture le plus élevé. Donc la première chose, c’est qu’il faut interpréter les résultats d’une ostéodensitométrie avec précaution.

Quels sont les autres problèmes posés par cet examen ?

Comme pour tous les examens de dépistage, cancer du sein, de la prostate, il y a un revers à la médaille du dépistage de l’ostéoporose et il est totalement contre-intuitif : c’est le surdiagnostic. Il y a surdiagnostic quand on pose chez quelqu’un le diagnostic d’une maladie qui ne lui fera jamais de mal. Le surdiagnostic peut conduire à des examens et des traitements inutiles, qui peuvent être nocifs et peuvent également détourner la personne de mesures simples d’hygiène de vie susceptibles de lui être bénéfiques. Donc, ce n’est pas parce que vous avez plus de 50 ans que vous devez passer une ostéodensitométrie. L’ostéodensitométrie, c’est comme les antibiotiques, ce n’est pas automatique.

Qui devrait en passer une ?

La position de la revue indépendante Prescrire est intéressante et étayée. Elle conseille de ne prescrire cet examen qu’en cas d’antécédent de fracture. Un médecin pourra avoir un autre point de vue, d’autant que l’Assurance maladie évoque l’existence de « facteurs de risque ». Mais cette décision devrait être partagée par le médecin et le patient, après une discussion au cours de laquelle les bénéfices et les inconvénients éventuels de l’examen seront clairement présentés.

Beaucoup de femmes qui ont une densité osseuse faible se voient prescrire des suppléments de calcium et vitamine D. Quels bénéfices peuvent-elles en attendre ?

Malheureusement, les bénéfices sont limités. Entendons-nous bien : un déficit en calcium ou en vitamine D doit être corrigé. Mais des doses relativement élevées de calcium et vitamine D, prescrites au long cours, ont un effet limité sur les risques de fracture, sauf éventuellement chez les personnes institutionnalisées, en maison de retraite. Il pourrait y avoir un bénéfice sur le risque de chute, mais des études complémentaires sont nécessaires.

Vous dites que des nutriments autres que le calcium sont importants. Vous parlez même d’un « minéral oublié ».

Oui, il s’agit du potassium qui malheureusement passe sous les radars. On dispose d’études qui démontrent l’intérêt pour la santé des os de consommer suffisamment de potassium, voire de prendre des suppléments. Les apports en potassium ont tendance à diminuer dans l’histoire de l’évolution humaine. Ils sont aujourd’hui 2 à 3 fois plus faibles que ce qu’ils étaient au paléolithique supérieur, il y a quelques dizaines de milliers d’années, en raison surtout de la baisse de la consommation de végétaux mais aussi du lessivage des sols. Le potassium intervient notamment dans l’équilibre acido-basique, dont je parle dans mon livre.

Quand on parle de calcium, le sujet des produits laitiers en prévention des fractures revient inévitablement. Le diagnostic que vous faisiez en 2007 dans Lait, mensonges et propagande est-il vérifié ?

Le Pr Walter Willett, de Harvard, qui est l’un des plus grands chercheurs en nutrition, a publié récemment un état des lieux sur les produits laitiers. Il confirme la conclusion de mon livre : consommer 3 à 4 produits laitiers par jour n’a pas d’effet sur le risque de fracture. Ce constat repose sur de multiples preuves scientifiques, expérimentales, cliniques, épidémiologiques. Par exemple, les pays les plus gros consommateurs de laitages ne sont pas épargnés, ils ont même les taux de fractures les plus élevés. Cela ne signifie pas que les produits laitiers provoquent des fractures, mais cela montre qu’ils ne les préviennent pas. Ils peuvent bien sûr contribuer aux apports en calcium, comme bien d’autres aliments. Willett dit qu’il faut les considérer comme optionnels, bien qu’ils restent intéressants en prévention des cancers colorectaux.

Vous insistez aussi sur l’importance de conserver une bonne masse musculaire en vieillissant.

On perd 0,5 à 1 % de masse musculaire chaque année après 40 ans. Or la masse musculaire a une incidence sur la qualité de l’os et le risque de fracture. Il faut donc tout faire pour préserver ce capital, et en particulier consommer suffisamment de protéines. On conseille en France à un adulte de se procurer environ 0,8 g de protéines par kilo de poids corporel et par jour, et 1 g par kilo après 60 ans. J’explique en détail pourquoi ces recommandations pourraient être trop faibles. Un avis partagé par la spécialiste américaine, la Dre Gabrielle Lyon.

Mais le maintien de la masse musculaire passe surtout par l’exercice physique, non ?

En effet et toutes les formes d’exercice sont bonnes à prendre, mais pour conserver ou augmenter sa masse musculaire, on n’a pas le choix : c’est la musculation et c’est indispensable après 50 ans. Il y a encore quelque temps, on hésitait à dire à des femmes post-ménopausées de se lancer dans des exercices de musculation avec des charges relativement lourdes, de peur des fractures. C’est tout l’inverse ! Dans mon livre, je détaille le protocole et les résultats d’une étude australienne récente dans laquelle un programme intensif avec des poids non seulement n’a pas eu de conséquences négatives, mais a permis d’augmenter nettement la densité osseuse, et même la taille !

Votre livre propose un programme complet alliant alimentation et exercice. Faut-il quand même avoir recours aux médicaments ?

J’ai consacré le dernier chapitre aux traitements. Certains ont un rapport bénéfices-risques favorable, au moins à court terme, et dans certaines situations. D’autres n’ont pas réellement fait la preuve de leur efficacité, ou ils ont des effets indésirables. Les informations présentées dans ce chapitre permettent d’échanger de manière constructive avec le médecin pour opter pour le meilleur traitement.

Votre livre s’adresse-t-il aux seuls patients ?

Comme pour mes livres précédents, il y a une double lecture. Le grand public, bien sûr, y trouvera des informations concrètes et personnalisées, mais j’écris aussi pour les professionnels de santé qui n’ont pas toujours le temps d’analyser la littérature scientifique ou qui connaissent moins bien les données sur l’alimentation et l’exercice. Ils auront aussi à leur disposition plus de 200 références scientifiques pour aller plus loin.

Lire : Le secret des os solides

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